Michka Saäl

Loin d’où ?

1989, fiction, 24 minutes, français

Remasterisé en 2018 avec l’appui de Michel Giroux et l’ACIC

Le prix Normande-Juneau (RVCQ) destiné au meilleur court métrage québécois « pour la parfaite adéquation de son propos et de sa mise en scène, la densité remarquable de l’image et des mots, pour l’extrême sensibilité de sa bande sonore, et pour l’ouverture de son regard qui transcende l’individuel pour rejoinder le collectif. »

Générique        Critiques La vie du film Secrets de tournage

 

Synopsis

Tentative de représentation du sentiment d’exil par le cinéma, décalage entre images de froid et neige dans un paysage gelé et des sons qui viennent d’un pays chaud, très loin… d’où ?

 

extrait

Générique

Scénario et réalisation : Michka Saäl

Image : Michel Lamothe

Son : Catherine Van Der Donckt, Claude Beaugrand, Justine Pimlott

Montage : Fernand Bélanger

Musique : Abdullah Ibrahim

Production : Les Productions du Lundi Matin

Avec Nadine Ltaif et Nathalie Gagnon, Elisabeth St-Louis, Félix Daudelin et la voix de Michka Saäl

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Critiques

 
Photo : Alain Chagnon

Photo : Alain Chagnon

Une œuvre qui élargit le champ de notre regard

« Le film s’attache donc à restituer la sensation de l’éloignement, par le texte et l’image qui sont juxtaposés, qui se répondent subtilement…

Photo : Alain Chagnon

Photo : Alain Chagnon

La cinéaste est sans cesse présente par la voix qui dit un texte superbe, un conte oriental dirait-on. Il retrace son enfance, son pays, marquant tout l’écart entre ses terres d’origine et d’élection. Des images d’ici glissent sur un texte d’ailleurs. Il n’y a aucun procédé, rien qui cherche à faire sens, à “traiter” de l’exil. L’émotion affleure grâce au choix des images qui enregistrent une sensation pendant que s’égrènent les mots… Du cœur de son exil, Michka Saäl a produit une œuvre qui élargit le champ de notre regard parce qu’elle nous a offert le sien, qui se double d’un sens du cinéma dont nous avons grand besoin. »

Michel Beauchamp, 24 Images

Photo : Alain Chagnon

Photo : Alain Chagnon

La voix d’une cinéaste

« Aux images et aux sons du Québec se superposent les voix du passé : la chaleur de midi sous le soleil méditerranéen, les jeux d’une petite fille avec un enfant bédouin et une fugue qui permettra à cette fillette de découvrir que sa ville donne sur la mer…

« Saäl arrive à marcher sur un fil tout au long de son récit, grâce à des images rigoureusement cadrées et montées et, surtout, grâce à un texte sobre qu’elle a su investir d’un véritable contenu. Par le choc produit lorsque l’intimité du personnage donne contre le paysage québécois, Loin d’où ? parvient à générer une émotion sincère que Saäl livre d’une voix tremblante.

« C’est une voix qui vient de loin et qui parle avec les phrases courtes et simples de l’enfance. C’est une voix qui livre un désarroi profond sans jamais lever trop haut le voile de la pudeur. Si elle est douce à l’oreille, cette voix, c’est que c’est celle d’une cinéaste. »

Marcel Jean, Le Devoir, 7 juin 1989

 

La vie du film

2018

DOC-Cévennes, Lasalle, France

Hot Docs Redux, Toronto

1990

Festivals à Toronto, Belfort, Figueira da Foz

TV 5, France

 

1989

Rendez-vous Québec Cinéma

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Secrets de tournage

Photo : Alain Chagnon

Photo : Alain Chagnon

Le travail sur le temps

« Ce qui m’intéresse dans des films, c’est le travail sur le temps. Raconter ce qui se passe dans les têtes autant qu’autour des corps. Montrer le moment où l’on est étranger à soi-même, à ce qui est plus ou moins défini et tracé, quand on prend conscience d’être finalement un peu perdus et qu’on n’a plus d’autre choix que de se mettre à réfléchir. »

Carte blanche à Michka Saäl

Ciné-bulles, Vol 9, No 4

 « Il ne s’agit pas d’un film autobiographique, dans le sens que je n’ai pas vécu moi-même les événements décrits. Par contre, j’ai nourri ce film d’un tas de détails vrais, soit vécus, soit observés, et les personnages ont été construits à partir d’éléments composites tirés de personnes réelles, les dialogues, les tics, la façon de parler, etc. »

Propos recueillis par Gérard Boulad, Festival des films du monde de Montréal, Quotidien Officiel, 29 août 1989

 

Une voix psychanalysé

« Catherine Van Der Donckt a psychanalysé ma voix. Que je parle moi-même dans Loin d’où ? était un choix d’économie et de raison, à cause de la difficulté de trouver une comedienne avec l’accent voulu. Enfermées dans le studio de son avec son Nagra, elle a mué mon trac en émotion, elle m’a obligée à fermer mon scénario, mes textes, et à lui parler, à elle directement… Et Claude Beaugrand nous a laissées fouiller, assises sur le tapis de son salon, dans sa boîte aux trésors… »

Carte blanche à Michka Saäl

Ciné-bulles, Vol 9, No 4, 1989

 

Photo : Marc-Antoine Daudelin

Photo : Marc-Antoine Daudelin

Moins exilé

« Qu’il ait gagné le prix du meilleur court métrage aux Rendez-vous du cinéma québécois représente, très personnellement, quelque chose de précieux : le moment précis où je me suis dit, “tiens, je fais un peu partie de la famille”. »

Carte blanche à Michka Saäl

Ciné-bulles, Vol 9, No 4, 1989

 


Photo : Alain Chagnon

Photo : Alain Chagnon

« Fernand Bélanger a bien voulu monter Loin d’où ?, mais à une condition : il ne ferait pas une collure sans que je sois là, avec lui, à la table de montage… Résultat : j’ai plus appris pendant ces mois avec lui qu’en cinq ans d’université. Et pas seulement en montage, mais aussi comment construire les images, comment bâtir un récit sans perdre sa vision intérieure, comment traverser la vie sans crever ses émotions. »

Carte blanche à Michka Saäl

Ciné-bulles, Vol 9, No 4, 1989

 

Une présence d’ailleurs

« Nadine Ltaif, mon amie-soeur qui est écrivaine, ait accepté de prêter aux images du film, sa presence d’ailleurs, sa grâce et son regard en labyrinthe. »

Carte blanche à Michka Saäl

Ciné-bulles, Vol 9, No 4, 1989

Michka m’a dit : c’est l’histoire d’une jeune fille nouvellement arrivée au Québec. Bon, c’était facile. Je n’avais pas à parler mais être moi-même, simplement. J’étais pas mal candide en ce temps-là. Je ne savais pas qu’en faisait presque rien, la caméra allait venir filmer mon identité à l’intérieur de mon visage. Je demandais à Michka :  est-ce que ça se voit que je suis arabe. Elle me disait : « non, suédoise » ...

Nadine Ltaif, comédienne, 2018